
Il mit un certain temps à abaisser son journal. C’était un petit homme placide, au visage précocement ridé. Il avait un nez fort, aussi gris que le reste de son visage, et de petits yeux furtifs aux paupières lourdes.
— Je vous demande pardon ? murmura-t-il.
Sa voix était calme mais mordante. Elle se demanda s’il n’avait vraiment pas entendu ou s’il prenait plaisir à lui faire répéter sa phrase.
— Je disais que je vous admire, fit Lisa.
— À cause ?
— D’avoir le cœur à siffler.
Paulo haussa les épaules, puis rejeta d’un coup de pouce adroit son feutre à bord court derrière sa tête.
— C’est machinal, expliqua-t-il. Passez-moi une cigarette, je ne sifflerai plus.
Lisa fouilla les poches de son imperméable blanc. Elle sortit un paquet d’américaines qu’elle vint présenter à Paulo, passivement.
— Je vous admire aussi de pouvoir lire, reprit-elle.
Le petit homme la fixa d’un air indécis. Il paraissait vaguement surpris par le ton hostile de la jeune femme. Mais Paulo était un sage et il savait que Lisa vivait un moment exceptionnel.
— Je ne lis pas, je regarde les bandes dessinées. Et puis comment je lirais ça, puisque je ne comprends pas l’allemand ?
Il prit une cigarette et l’alluma sans cesser de regarder sa compagne. Il la trouvait belle et elle l’émouvait. Lisa avait les cheveux châtain sombre ; la peau blanche était constellée de taches de rousseur pâles et ses yeux fauves possédaient un éclat très vif. Il vit deux minuscules petites rides au coin des yeux de Lisa et fut surpris de ne pas les avoir remarquées plus tôt.
— Quelle heure ? demanda-t-elle.
Paulo retroussa sa manche sans presque remuer le bras.
— Six heures et des poussières, annonça-t-il.
— C’est long, dit Lisa.
Et elle retourna se planter devant la verrière où la pluie visqueuse dégoulinait dans la poussière sur un rythme continu.
