
Considérant alors l’écran du microscope électronique qui permettait d’observer les molécules, Van Clepsydre se rappelait toujours le tableau « Champ de bataille », qui l’impressionna beaucoup dans son enfance. Au centre, au sommet d’une colline couverte de cadavres, se tenait le roi, le menton appuyé sur le pommeau de son épée, plongé dans ses réflexions. A l’arrière-plan, souriait caustiquement la vieille Mort, avec une énorme faux ébréchée.
Le roi, c’était lui, le docteur Van Clepsydre. Les soldats morts étaient les molécules protéiques. Mais qu’est-ce qui jouait le rôle de la Faucheuse ?
Le bonheur n’en finit pas moins par sourire au savant. Il doit exister une récompense pour les souffrances que nous endurons. Seulement, ne touchons pas à la théologie, qui ne laissait pas indifférent Van Clepsydre, car cela nous détournerait de notre sujet. Toujours est-il que ce soir la fameuse barrière a été franchie, alors que le mystère, dans la profondeur transparente, continuait de s’effectuer rigoureusement d’après le programme, ce que signalaient avec un bel ensemble des aiguilles de tous les cadrans des appareils.
Au demeurant, le docteur comprenait parfaitement que l’œuvre divine n’y était pour rien. Même si Dieu avait mis la main au succès de la synthèse, son nom devait être la chance.
