
Le docteur s’essuya le front. Craignant de soupirer, il scrutait le fond du conteneur, où grandissait lentement la nébuleuse oblongue.
Il rajusta ses lunettes et débrancha le microscope électronique, devenu inutile. Le dîner posé sur une table du laboratoire était froid depuis longtemps, mais Anton n’avait plus faim. Ses pensées se trouvaient là où, baignée par des flux de solution biologique, croissait et se condensait d’heure en heure la nébuleuse. Celle qu’il avait vainement rêvé de voir pendant des années.
Il regarda autour de lui. Curieux, mais tout avait le même aspect que d’habitude. Le terne panneau d’éclairage, un pupitre taché, les murs à la peinture écaillée… Comme si une grandiose révolution n’était pas en train de s’opérer en biologie. Comme si, dans une heure et demie, ne devait pas sortir du conteneur le sosie du docteur Anton Van Clepsydre. Que serait pour lui Van Clepsydre ? Son père ? Dieu qui l’aura modelé à partir de la poussière ? Ou bien il s’avérera qu’ils sont tout simplement des jumeaux se comprenant à demi-mot ?
La nébuleuse revêtait progressivement les contours d’un corps humain. La tête était sombre, le tronc l’était moins. C’étaient les cheveux qui poussaient le plus vite. Le corps était encore à moitié transparent que la tête du sosie était déjà ornée de belles mèches blanches, tout à fait comme chez Van Clepsydre.
