« Hum, serrer la vis, objecta la voix intérieure. Autant le faire à soi-même. Essaye un peu de serrer la vis à quelqu’un qui connaît par cœur tous tes secrets. Et je ne parle pas que des secrets. Toutes tes pensées, toutes tes intentions cachées, il les connaîtra par le menu, cet Antonito. Donne à un tel gaillard un brin de bassesse, et il te vendra à chaque coin de rue. »

Le front du docteur se couvrit de sueur. Avec un drôle de sentiment, il dévisageait son prototype, autour duquel fondaient les derniers tourbillons de brouillard.

Anton Van Clepsydre se souvint soudain d’une légende ancienne. Quelqu’un avait fait venir un esprit, mais n’avait pu le maîtriser. « Ce sera aussi le cas d’Antonito, pensa fébrilement le docteur. Il chassera impitoyablement son auteur et occupera sa place. Pourquoi pas ? C’est élémentaire. Il dirigera les expériences — mes expériences ! —, commencera à donner des ordres à mes collaborateurs… A cette allure-là, nous finirons par échanger nos places ? ! »

Sans réaliser complètement ce qu’il faisait, n’écoutant qu’une impulsion subite, le docteur poussa la manette sur le tableau jusqu’à la limite. Sa main semblait manœuvrer toute seule. « Qu’est-ce que j’ai fait ? » s’épouvanta Van Clepsydre, mais sa voix intérieure jubilait et lui affirmait que cette fois-ci tout serait en ordre.

Avec un infini soulagement, le docteur fixait du regard le fond du cube brillant, où fondait lentement la nébuleuse oblongue…



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