Je connais à fond la question.

Sur les femmes, je pourrais vous en écrire si long qu’un rouleau de papier peint ne me suffirait pas.

Mais je ne suis pas de l’Académie française, et le blablabla psychologique n’est pas mon fort. Je vous assure que chez nous, aux services secrets, nous ne passons pas nos loisirs à lire des romans à la réglisse. Pour nous chanter le couplet sentimental il faut se lever de bonne heure, ça je vous le dis ; et il serait plus facile de charmer un ménage de crocodiles avec des boniments de midinette que de nous faire tomber en pâmoison avec des histoires de clair de lune.

Les petites mômes c’est bien joli, mais moins on y attache d’importance, mieux ça vaut. Surtout lorsqu’on pratique une profession où il y a plus de morceaux de plomb à gagner que de coquetiers en buis sculpté. Avec moi pas de pommade. Dites-vous bien que si je me bagarre avec mon porte-plume présentement, c’est pas pour jouer les romantiques. Les mandolines, c’est pas le genre de la maison et je me sens plus à l’aise avec la crosse de mon Walter 7,65 silencieux dans la main, qu’avec ce stylo qui bave comme un escargot qui voudrait traverser les Salins d’Hyères.

Dans l’affaire que je vais avoir l’honneur et l’avantage de vous relater, il y a des poupées bien tournées, des chouettes, des pin-up n° 1 comme vous n’en avez jamais vues dans les Technicolor d’Hollywood…

Mais je vous jure que je m’en serais bien passé…

*

Ça a commencé comme d’habitude : je dormais. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je trouve qu’à part la bombe atomique, on n’a jamais rien inventé de mieux que le lit.

J’étais en train de rêver que le shah de Perse me faisait visiter sa basse-cour, ou je ne sais pas quoi de rigolo, quand voilà Félicie qui me réveille. Félicie, pour tout vous expliquer, c’est ma mère. Une bonne vieille, pas du tout le genre ruine, mais pas non plus la tête de Lady qu’on voit sur les bouteilles de Marie Brizard. Une tête de chic vieille maman de chez nous, vous voyez ce que je veux dire ?



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