
Elle a un coup particulier pour m’appeler lorsque j’en écrase. Elle toussote et éternue comme une souris. Boum ! J’ouvre les yeux. Il fait grand jour. Tout de suite, je me dis que c’est au poil et que je vais pouvoir faire ma partie de pêche sur les bords de la Seine. Et puis ma matière grise démarre à cent à l’heure et je comprends que si Félicie m’a réveillé, c’est pas pour me raconter que la chatte de la laitière a fait des petits.
Dans ce métier il faut s’attendre à tout. Vous rentrez de mission, vous croyez tirer quelques jours au vert, dans votre pavillon de Neuilly, et puis voilà qu’un motard rapplique avec une enveloppe bleue dans les doigts. Je regarde les mains de Félicie et justement, j’aperçois une enveloppe bleue. Je me mets en rogne. Alors quoi, il n’y a plus moyen de tirer douze heures consécutives sous les plumes ! Félicie baisse la tête comme si c’était sa faute. Elle qui devait me faire une quiche lorraine pour le repas de midi…
J’ouvre le message. Le chef m’ordonne de filer illico à Marseille pour m’occuper d’une affaire bien gratinée qui est peut-être plus de notre ressort que de celui de la Sûreté. Je dis à Félicie de me préparer une petite valise, je décroche le téléphone et je demande Orly. Un gars de l’aéroport me répond que l’avion pour Marseille va partir dans une heure, mais qu’il est complet. Alors, je lui chuchote quelques mots magiques et je l’entends qui se met au garde-à-vous. Il me dit que ça colle et que je peux amener mes cent quatre-vingts livres dans son Dakota. Une heure ! Je m’habille si vite que Frégoli à côté de moi est un paralytique. J’avale une tasse de thé-citron. J’embrasse Félicie qui, comme chaque fois, me recommande de faire attention à son fils unique et je saute dans ma traction.
