Quand je suis au volant de ma bagnole, vous pouvez être assurés qu’un météore ne va pas plus vite que moi.

Il faut me voir traverser Paris !

Pour commencer, j’écrase le champignon jusqu’à ce que l’aiguille du compteur de vitesse aille se mettre sur le cent vingt et n’en bouge plus. Je traverse la ville à l’allure des pompiers lorsqu’il y a le feu chez le président de la République ; les flics sifflent tellement qu’on se croirait à un examen de garçons laitiers. Mais vous pensez si je m’en balance…

En passant à la porte d’Italie, je manque aplatir un cantonnier et je l’entends qui me crie sa façon de penser sur les types qui prennent les avenues de Paname pour la piste de Montlhéry. Je rigole un bon coup et je continue à enfoncer la pédale d’accélération. Je file tellement vite que je me demande presque si ça vaut le coup de prendre l’avion. À cette vitesse-là, il y a gros à parier que je peux être à Marseille avant le Dakota.

Lorsque je débouche sur le port aérien, je m’aperçois que les deux moteurs de mon oiseau tournent déjà à plein régime et l’hôtesse de l’air s’apprête à grimper dans le toboggan.

Elle est drôlement bien fabriquée, cette gamine.

J’escalade la passerelle à sa suite.

Il était temps, moi je vous le dis.

CHAPITRE II

Il est question du macchabée

Sitôt débarqué à Marseille, je saute dans un taxi. Le chauffeur est une espèce de mulâtre triste qui a les yeux d’un cheval qui viendrait de se faire opérer de la vésicule biliaire. Je lui ordonne de me conduire dare-dare à la Sûreté, et surtout de ne pas compter les bordures de trottoirs en route, because je ne m’intéresse pas à la question.



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