
Il était près de dix heures et la circulation était assez fluide. Jack croisa dans le Park une voiture de police qui roulait doucement à la recherche des amoureux trop exubérants. Lui non plus ne roulait pas vite. Il aimait respirer l’air du soir sous les grands arbres.
Il fut soudain secoué d’un long frisson. Il releva aussitôt la glace de sa portière. Quelques secondes plus tard, un second frisson le fit trembler de la tête aux pieds. Il eut du mal à garder les mains sur le volant.
On aurait dit un accès de paludisme, quelque chose qu’il n’avait pas éprouvé depuis une bonne dizaine d’années.
En même temps, une sensation de froid désagréable l’envahit. Il ouvrit son chauffage au maximum, mais le froid persista, partant de ses jambes. On était pourtant au mois de mai : et par miracle, il n’y avait pas de brouillard.
Il eut un nouveau frisson juste au moment de rejoindre l’embranchement de Doyle Drive. La voiture fit une petite embardée et Jack se sentit confus. Il jeta un coup d’œil dans le rétroviseur et s’aperçut avec un mélange de soulagement et de nervosité qu’une voiture de police était derrière lui. Mais son phare rouge tournant n’était pas allumé.
Les feux rouges et verts des guichets de péage de la Golden Gate étaient tout proches. Jack eut du mal à fouiller ses poches pour trouver une pièce de 25 cents. Le froid l’envahissait de plus en plus, engourdissant tous ses mouvements.
Indifférent, le Noir de service prit sa pièce et dit :
— Thank you.
Jack redémarra.
Il eut encore un long frisson, très violent, qui le laissa glacé et sans force. Il aurait donné n’importe quoi pour être chez lui bien au chaud. Il accéléra un peu, pour traverser plus vite l’immense pont.
