Le chat rebondit sur le capot d’une voiture et resta sur le trottoir, assommé, bougeant faiblement.

Appuyé au mur, Jack reprenait son souffle. Soudain, un Chinois surgit de la porte à côté de lui. Il avait une veste blanche de cuisinier et un long couteau effilé à la main.

Il se pencha sur le chat et promena la lame du couteau sur sa gorge d’un geste presque doux. Un flot de sang jaillit et la tête se détacha presque du corps. L’animal eut une série de convulsions et retomba dans le ruisseau, palpitant encore.

C’en était trop pour Jack. Sans changer de place, il vomit. Souriant, le Chinois s’inclina devant lui et lui dit en anglais :

— Cet animal était devenu fou. Heureusement que j’ai vu qu’il vous attaquait. Il aurait pu vous crever les yeux. Venez prendre un verre d’alcool pour vous remettre.

Jack remercia de la tête. Il évita soigneusement la tache de sang sur le trottoir et entra dans le restaurant.

On lui apporta tout de suite du « Hong-Tsieu

Sans trop se l’avouer, il avait eu très peur. L’attaque inexplicable de ce chat avait quelque chose de démoniaque. Les marques de ses griffes lui brûlaient encore le dos.

Il se leva et laissa deux billets d’un dollar sur la table. Maintenant, il avait hâte de rentrer chez lui et de prendre un bon bain.

Quand il sortit, le cadavre du chat avait disparu. Il ne restait qu’une flaque sombre sur le trottoir. La pauvre bête allait faire les délices d’une famille nécessiteuse.

Bien installé sur le siège de sa voiture, Jack se sentit revivre. Les néons de Grant Street lui paraissaient de nouveau sympathiques. Au fond, il aurait dû rester chez Sam-Wo pour dîner. C’était idiot de rentrer dans son appartement de célibataire ouvrir des boîtes de conserves.

Jack tourna deux fois à droite pour reprendre California Street. Il passa devant l’hôtel Fairmont, brillamment illuminé et entreprit de survivre aux montagnes russes qui se succédaient jusqu’à Park Presidio Boulevard.



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