
Effrayé, le chat fit demi-tour et disparut dans l’ombre de la rue.
Sans vouloir se l’avouer, Jack en fut soulagé. Il n’aimait pas les choses inexplicables. Et l’attitude du chat était vraiment curieuse. Il ne paraissait ni enragé ni méchant mais son amour soudain pour Jack était quand même étrange.
En sortant du cinéma, l’Américain hâta le pas. Le chat avait disparu. La voiture de Jack était à trois cents mètres. Avant d’y arriver, il passa devant la vitrine de Sam-Wo et eut envie d’entrer.
Il resta quelques secondes à contempler les quatre lignes de caractères chinois soigneusement peints au-dessous de l’enseigne anglaise. Chaque caractère représentait une spécialité de la maison. Les plats avaient des noms charmants : le ragoût de la « complète compréhension » ; le canard du « doux désir ». Jack savait que derrière ces noms pompeux, il y avait une cuisine soignée et délicate.
Au moment d’entrer, il se ravisa. Brusquement, il était mal à l’aise. Son expérience lui avait appris à suivre ses pressentiments. Mais il chercha à se raisonner. Que pouvait-il craindre en plein centre de Chinatown, à San Francisco, avec trois cents personnes autour de lui ? Et pourquoi craindrait-il quelque chose ? Il n’était plus qu’un paisible retraité.
Il haussa les épaules.
À ce moment une masse noire bondit à travers le trottoir, atterrit sur le dos de Jack et y resta accrochée. L’Américain poussa un cri de douleur. Il envoya la main qui rencontra une masse de poils : le chat noir.
Une sensation inattendue fit frémir Jack : accroché par ses dix griffes sur son dos, le félin lui léchait la nuque amoureusement.
Jack tourna sur lui-même pour faire tomber l’animal. Mais il tenait bon. Alors, il le saisit de toutes ses forces et tira. Il y eut un bruit de déchirement et le chat miaula d’une façon affreuse.
Jack étouffa un grognement de douleur. Son dos était labouré de coups de griffes. D’un dernier effort, il parvint à jeter l’animal au loin.
