
Les consignes qu’il recevait continuellement de la Terre n’allégeaient guère la responsabilité de Norton. Si des décisions devaient être prises à la fraction de seconde près, personne ne pouvait l’aider ; le retard des transmissions radio avec le Contrôle était déjà de dix minutes et ne cessait d’augmenter. Il enviait fréquemment les grands navigateurs du passé, d’avant l’époque des communications électroniques, et qui, une fois leurs ordres de mission décachetés, pouvaient les interpréter sans être soumis au contrôle incessant des quartiers généraux. Lorsqu’ils faisaient des fautes, personne, jamais, ne le savait.
Mais en même temps, il était content que certaines décisions fussent du ressort, de la Terre. Maintenant que l’orbite de l’Endeavour avait coïncidé avec celle de Rama, ils faisaient route comme un seul et même corps vers le soleil. Dans quarante jours, ils passeraient à moins de vingt millions de kilomètres du soleil, la périhélie de leur orbite. C’était trop peu pour être confortable ; bien avant cela, donc, l’Endeavour devrait utiliser le carburant qui lui restait pour rejoindre d’un bond une orbite plus sûre. Il leur resterait peut-être trois semaines à consacrer à l’exploration, avant de se séparer pour toujours de Rama.
Après quoi, ce serait à la Terre de jouer. L’Endeavour serait virtuellement désemparé, en accélération sur une orbite qui pourrait faire de lui le premier vaisseau à rallier les étoiles — dans une cinquantaine de milliers d’années. Le Contrôle avait assuré qu’il n’y avait pas à s’inquiéter. D’une façon ou d’une autre, et quel qu’en fût le prix, l’Endeavour serait réapprovisionné, même s’il se révélait nécessaire de lui envoyer des vaisseaux-citernes qui seraient abandonnés dans l’espace une fois délestés de la totalité de leurs propergols. Rama valait qu’on prît tous les risques, sauf ceux d’une mission suicide.
