Et, bien sûr, cette issue n’était pas à écarter. Le commandant Norton ne se faisait pas d’illusions à ce sujet. Pour la première fois depuis un siècle, un élément d’incertitude absolue avait fait son entrée dans les affaires des hommes. L’incertitude, l’indétermination étaient justement ce que ni les savants ni les politiques ne pouvaient tolérer. Si cette entreprise était le prix à payer pour en finir avec l’incertitude, l’Endeavour et son équipage seraient dépensés sans compter.

PREMIÈRE SORTIE

Rama, qui était peut-être une tombe, en possédait déjà le silence. Aucun signal radio sur quelque fréquence que ce fût. Aucune vibration qu’eussent pu détecter les séismographes, si ce n’étaient les micro-secousses dont, à coup sûr, la chaleur croissante du soleil était la cause. Aucun flux électrique. Aucune radioactivité. Ce mutisme était presque de mauvais augure ; et même de la part d’un astéroïde, on se serait attendu à plus de bruit.

Qu’attendions-nous donc ? se demanda Norton. Un comité d’accueil ? Déception, soulagement, il hésitait entre les deux attitudes. Et, de toute façon, c’était à lui de prendre l’initiative.

Il donna l’ordre d’attendre vingt-quatre heures, puis de faire une sortie de reconnaissance. Ce premier jour, personne ne dormit beaucoup. Même ceux des membres d’équipage qui n’étaient pas de service passèrent leur temps à l’écoute — en vain — des instruments détecteurs, ou à regarder par les hublots d’observation le paysage strictement géométrique. Ce monde est-il vivant ? se demandaient-ils sans cesse. Est-il mort ? Ou bien simplement endormi ?

Pour la première sortie extra-véhiculaire, Norton ne prit qu’un compagnon, le lieutenant de vaisseau Karl Mercer, son ingénieur et endurant officier de bio-intendance. Il n’avait pas l’intention de s’aventurer hors de vue du vaisseau, et, en cas d’incident, une troupe plus nombreuse ne serait pas un gage de sécurité. Par précaution, toutefois, il fit placer deux hommes d’équipage en tenue de sortie dans le sas.



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