
Le sujet en est multiple. Arioste nous le dit lui-même dès le premier vers: «Les dames, les chevaliers, les armes, les amours, les courtoisies, les entreprises audacieuses, voilà ce que je chante.» Et durant quarante-six chants, qui ne comptent pas moins de quarante mille vers, il poursuit imperturbablement le programme annoncé, sans la moindre fatigue pour lui, et au perpétuel enchantement de ses lecteurs, «avec une grâce égale, en vers pleins et faciles, riants comme les campagnes d’Italie, chauds et brillants comme les rayons du jour qui l’éclaire, et plus durables que les monuments qui l’embellissent
«Il y a dans l’Orlando furioso, dit Voltaire, un mérite inconnu à toute l’antiquité, c’est celui de ses exordes. Chaque chant est comme un palais enchanté, dont le vestibule est toujours dans un goût différent, tantôt majestueux, tantôt simple, même grotesque. C’est de la morale ou de la gaieté, ou de la galanterie, et toujours du naturel et de la vérité
Rien déplus vrai que cette observation; mais si, dès le vestibule, l’architecte a déployé ses plus rares merveilles, l’intérieur du palais n’est pas moins séduisant ni moins fécond en surprises de tous genres.
Où trouver plus de grâce et de charme que dans ces strophes si connues, où la jeune vierge est comparée à la rose sur son buisson:
La jeune vierge est semblable à la rose qui, dans un beau jardin, repose solitaire et en sûreté sur le buisson natal, alors que le troupeau ni le pasteur n’est proche. La brise suave et l’aube rougissante, l’eau, la terre lui prodiguent leurs faveurs; les jeunes amants et les dames énamourées aiment à s’en parer le sein et les tempes.
