
La Discorde, persuadée que ce lieu ne peut plus être que le théâtre de conflits et de risques, et qu’il ne saurait y être conclu ni paix ni trêve, dit à sa sœur qu’elle peut désormais revenir en toute sécurité avec elle auprès de leurs bons petits moines. Laissons-les partir toutes deux, et restons auprès de Roger qui a frappé Rodomont au front.
Le coup de Roger fut porté avec une si grande force, qu’il fit résonner, jusque sur la croupe de Frontin, le casque et la dure cuirasse d’écailles dont le Sarrasin était armé. Lui-même chancela trois ou quatre fois à droite et à gauche, comme s’il allait tomber la tête la première. Il aurait, lui aussi, laissé échapper son épée, si elle n’avait été attachée à sa main.
Cependant Marphise avait fait couler la sueur du front, du visage et de la poitrine de Mandricard qui, de son côté, lui rendait bien la pareille. Mais leurs hauberts, à tous les deux, étaient si parfaits, qu’ils n’avaient pu être entamés sur aucun point, de sorte que les combattants se maintenaient à avantages égaux. Soudain, un écart de son destrier fit que Marphise eut besoin de l’aide de Roger.
Le destrier de Marphise, en voulant tourner trop court, glissa sur l’herbe humide d’une si malheureuse façon, que la guerrière ne put le retenir et qu’il tomba sur le côté droit. Au moment où il cherchait à se relever, il fut heurté en plein flanc par Bride-d’Or, sur lequel s’avançait le païen peu courtois, et forcé de tomber de nouveau.
Roger, voyant la damoiselle par terre et en grand danger, se hâta de la secourir. Il le pouvait d’autant plus facilement que son adversaire, tout étourdi, avait été emporté au loin. Il frappa sur le casque du Tartare un coup terrible qui lui aurait fendu la tête comme un trognon de chou, si Roger avait eu Balisarde en main, ou si Mandricard avait eu sur la tête un autre armet.
