Le roi d’Alger cependant, ayant repris ses sens, tourna ses regards tout autour de lui et aperçut Richardet. Se souvenant que c’était lui qui l’avait attaqué et qui avait secouru Roger, il piqua droit à lui, et il allait lui faire payer cher son intervention, si Maugis, avec un grand art et par un nouvel enchantement, n’était venu s’interposer.


Maugis, en fait de maléfices, en savait autant que le plus habile magicien. Bien qu’il n’eût pas avec lui le livre avec lequel il aurait pu arrêter le soleil, il avait parfaitement à l’esprit la formule par laquelle il conjurait d’habitude les démons. Il en envoie un sur-le-champ dans le corps du roussin de Doralice, et le met en fureur.


Avec une seule parole, le frère de Vivian fait entrer un des anges de Minos dans le paisible coursier qui porte sur son dos la fille du roi Stordilan, et celui-ci, qui jamais auparavant ne s’était emporté, et qui avait toujours obéi à la main, fait soudain un saut de trente pieds de long et de seize pieds de haut.


Le saut fut grand, mais non cependant de nature à faire vider la selle à la cavalière. Quand elle se vit en l’air, la donzelle, se tenant pour morte, se mit à crier de toutes ses forces. Le roussin, après ce saut énorme, partit emporté par le diable, avec Doralice qui criait au secours, et d’une course si rapide, qu’une flèche ne l’aurait pas rejoint.


Aux premiers sons de cette voix, le fils d’Ulien quitte la bataille, et pique des deux derrière le palefroi qui s’enfuit furieux, afin de porter secours à la dame. Mandricard en fait autant, sans plus s’occuper de Roger et de Marphise. Sans leur demander ni paix ni trêve, il suit les traces de Rodomont et de Doralice.



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