
L’audace et le courage des quatre champions suffisent à mettre les deux troupes en déroute. Les fuyards ne conservaient que leurs armes de dessous. Heureux ceux dont le cheval était bon coureur, car ce n’était point là le cas d’aller, à l’amble ou au trot. Ceux qui n’avaient point de destrier purent s’apercevoir combien le métier des armes est triste à pied.
Le camp, et tout ce qu’il renfermait, demeura au pouvoir des vainqueurs, pas un des gens de pied et des muletiers n’étant restés. Les Mayençais fuyaient d’un côté, les Maures de l’autre, les uns abandonnant leurs prisonniers, les autres leurs trésors. Les quatre chevaliers, la joie sur le visage et dans le cœur, s’empressèrent de délivrer Maugis et Vivian de leurs liens. Les écuyers ne furent pas moins empressés à décharger les mulets.
Outre une bonne quantité d’argenterie, consistant en vases de formes diverses, outre des vêtements de femme richement ornés, des tapisseries d’or et de soie, ouvrées en Flandre et dignes d’appartements royaux, ils trouvèrent une foule d’autres objets précieux, ainsi que des flacons de vin, du pain et des vivres.
Lorsqu’ils ôtèrent leurs casques, ils virent qu’ils avaient été aidés dans leur entreprise par une damoiselle, ainsi qu’ils purent en juger à ses cheveux dorés retombant en boucles, et à sa belle et délicate figure. Ils lui prodiguèrent les marques de respect et la prièrent de ne pas leur cacher le nom qu’elle portait si glorieusement; et elle, toujours courtoise envers ses amis, ne refusa pas de se faire connaître.
Ils ne peuvent se rassasier de la regarder, se rappelant ce qu’ils lui avaient vu faire pendant la bataille. Pour elle, elle ne voit que Roger, elle ne parle qu’à lui; elle fait peu de cas des autres. Cependant les serviteurs viennent l’inviter, elle et ses compagnons, à prendre part au repas qu’ils ont préparé près d’une fontaine abritée par un coteau des rayons brûlants du soleil.
