
C’était une des quatre fontaines que Merlin avait élevées en France. Elle était entourée d’un beau marbre fin, brillant et poli, et plus blanc que le lait. Merlin y avait sculpté des figures avec un art vraiment divin. On aurait dit qu’elles respiraient, et, si la voix ne leur avait fait défaut, qu’elles étaient vivantes.
On y voyait une bête qui paraissait sortir d’une forêt. Son aspect était féroce et haineux. Elle avait les oreilles d’un âne, la tête et les dents d’un loup qu’une grande faim aurait desséché, les pattes d’un lion; tout le reste du corps était d’un renard. Elle semblait parcourir la France, l’Italie, l’Espagne, l’Angleterre, l’Europe et l’Asie, toute la terre enfin.
Partout elle avait porté la dévastation et la mort chez les nations, s’attaquant aussi bien à la plèbe qu’aux gens de condition élevée. Cependant elle nuisait de préférence aux rois, aux grands seigneurs, aux princes, aux puissants barons. C’était à la cour de Rome qu’elle avait causé le plus de ravages; elle avait tué des cardinaux et des papes, souillé le siège de Pierre et porté le scandale au sein de la foi.
Il semblait que, devant cette bête horrible, toute muraille, tout rempart touché par elle s’écroulât. Point de cité, de château ou de forteresse qui pût s’en défendre. On la voyait pourtant prétendre aux honneurs divins, adorée qu’elle était par la multitude imbécile, et se vanter d’avoir en sa puissance les clefs du ciel et du ténébreux abîme.
Derrière elle, on voyait s’avancer un chevalier, la tête couronnée du laurier impérial, et accompagné de trois jeunes hommes portant les lis d’or brodés sur leurs vêtements royaux. Recouvert des mêmes insignes, on voyait un lion marcher avec eux contre le monstre. Ils avaient leur nom écrit, qui au-dessus de la tête, qui sur le bord de leur vêtement.
Au-dessus de l’un d’eux, dont l’épée était plongée jusqu’à la garde dans le ventre de la bête féroce, était écrit: François 1er, de France. À côté de lui, sur le même rang, était Maximilien d’Autriche. L’empereur Charles-Quint avait transpercé de sa lance la gorge du monstre; l’autre, dont la flèche se voyait fichée dans sa poitrine, était désigné sous le nom d’Henri VIII d’Angleterre.
