— Le bonheur s’est égaré dans le Labyrinthe…, lança Orth, le garçon au visage maigre.

— Le Labyrinthe est l’institution centrale de l’État, l’interrompit rudement Léon, considérant son poing, gros comme une noix de coco.

— Je ne plaisante pas, rétorqua Orth en haussant les épaules. Et je suis prêt à le répéter : c’est seulement au Labyrinthe qu’on peut trouver son bonheur. Mais on dirait qu’il coûte trop cher, ce bonheur…

— Assurément un peu plus cher que certains poèmes, sourit malicieusement Topesh.

En un éclair, Orth fut sur Topesh. Le costaud parut effrayé. Il recula, mais plusieurs bras stoppèrent Orth.

— Cette fois, je t’aurai, cria Orth, respirant rageusement.

— Calmez-vous, les coqs, dit Léon. De toute façon, il est peu probable que l’un de vous puisse aller dans le Labyrinthe. Nous avons tous le même sort. Qu’avez-vous à partager, les trop verts… !

C’est alors que quelqu’un suggéra :

— Et si, tous ensemble, nous rendions heureux l’un de nous ? On se cotise pour acheter un ticket.

puis on le met à la loterie…

Des exclamations approbatrices fusèrent. La proposition plut à tout le monde.

Aussitôt, le vaste chapeau de Léon circula dans l’assistance.

La nouvelle fit le tour du port à la vitesse du son.

Les gens venaient devant l’entrepôt, chacun apportant sa contribution au bonheur de l’inconnu qui tirerait le lot…

— Faisons le compte, dit Léon en versant solennellement le contenu du chapeau, plein jusqu’aux bords, sur le fond d’un tonnelet fendu renversé, et les dockers qui l’entouraient observèrent en silence les doigts noueux qui formaient des colonnes de pièces de différentes valeurs.

— Ça y est ? questionna Orth quand Léon cessa de remuer les lèvres en comptant.

Léon fit un geste dépité.

— Bande de gueux ! dit-il, se redressant. Après un silence, il ajouta : — J’ai toujours pensé que même si on vidait toutes vos poches…



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