— Il en manque, Léon ? demanda Lucinda.

Elle ne reçut aucune réponse.

— Comme ça, reprenez, mes amis, ce que chacun a donné, et finissons-en, décida Léon.

— Attendez ! cria Topesh alors que deux ou trois mains se tendaient déjà vers le tonnelet. On voyait sur le visage basané du jeune homme le reflet d’une lutte intérieure acharnée.

— Il en manque beaucoup, Léon ? interrogea Topesh.

— Quarante balles, fiston, dit d’une voix de basse le vieux docker.

— Quarante… Le garçon semblait hésiter. Bon, risquons le coup !

Il arracha furieusement sa ceinture de cuir et fit couler sur le tonnelet des ronds métalliques.

— Voilà. Exactement quarante, fit Topesh.

— Comment peux-tu avoir tant d’argent ? demanda sévèrement Léon, touchant du doigt les pièces.

— J’en mets de côté depuis quatre ans.

— Pour quoi faire ?

— Pour me marier, répondit Topesh, baissant la tête et tripotant sa ceinture désormais vide.

— Le mariage est une bonne chose, approuva Léon. Seulement, pourquoi cette soudaine générosité, mon gars ? Hein ? Tu comptes sur la chance ?

Topesh se taisait.

— Bon, conclut Léon. Espérons que Dieu t’entendra.

Le vieux Léon recompta l’argent, le ramassa dans son chapeau et annonça :

— N’oubliez pas ce jour ! Aujourd’hui, tous ensemble, nous faisons le bonheur d’un homme. Lequel exactement, on va le savoir !

Et, conduite par Léon, la foule, riant et chantant, alla acheter le ticket d’entrée au Labyrinthe.

— Pensez donc, une bagatelle pareille vaut une fortune, dit Topesh, considérant l’étroit rectangle de carton posé sur le fond du tonnelet renversé, recouvert d’un vieux journal.

— Allons-y ! prononça Léon, et il secoua le chapeau.

Maintenant, celui-ci était rempli de bouts de papier enroulés à la hâte. Sur un seul d’entre eux il était écrit en caractères biscornus : « Ticket »…



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