
La mélodie lointaine se faisait de plus en plus nette. Il semblait à Orth que c’était quelque chose d’ancien, qu’il connaissait depuis son enfance, mais sans qu’il pût reconnaître l’air.
Les vagues de musique le berçaient et l’appelaient quelque part au loin. Dans le passé, peut-être ?
Les sanglots d’un violon solitaire… La tendresse empoisonnée par l’amertume de la fatalité…
Orth choisit le couloir de gauche. La musique résonna plus fort. Orth croyait distinguer des cris d’accueil : « Orth ! Orth ! » Ou bien c’étaient simplement les soupirs assourdis du tambour ?
La musique se transforma en bruit de foule qui salue. Et on aurait effectivement cru que des gens s’agitant joyeusement saluaient Orth, l’accueillaient comme un grand héros de retour dans son pays.
Y a-t-il au monde quelque chose de plus doux que la gloire ? N’est-ce pas elle que le couloir brusquement illuminé promettait à Orth ? Et si le chemin brillant conduisait Orth vers la foule exaltée des admirateurs de son talent ?
Et là-bas, dans le port, ses chansons n’étaient-elles pas chantées ?
Orth coula un regard vers l’autre couloir. La musique résonna moins fort. Il fit un pas de côté. Les voix se turent, les couleurs se fanèrent. L’obscurité se condensa de façon menaçante.
Orth préférait depuis toujours le risque. Après une brève hésitation, il prit le couloir de droite.
L’inconnu l’attirait. Et quelque chose d’autre encore l’appelait à avancer, à s’aventurer dans les coudes du couloir faiblement éclairé, mais Orth n’aurait su dire quoi.
D’abord, Orth marcha lentement, comme s’il portait sur sa tête un vase rempli d’un liquide précieux qu’il craignait de répandre. Puis, il accéléra l’allure et, finalement, il se mit à courir, toujours silencieusement, comme dans un rêve, le plancher absorbant le bruit de ses pas.
