
En fait, pourquoi, obéissant au sort aveugle, était-il venu ici ? Pourquoi avait-il accepté de quitter à jamais un monde qu’il connaissait depuis l’enfance, auquel il tenait ? En échange de quoi ? Serait-il mieux là-bas, dans la mégalopole ?
Ce doit être la faute au vin jeune qu’on a bu pour l’anniversaire de Léon. Il en était encore légèrement ivre.
C’est seulement maintenant, en s’arrêtant à la bifurcation, qu’Orth comprit nettement ce qu’il venait d’abandonner pour toujours. Il était peu probable qu’il revienne au port. Le vieil opérateur portuaire disait que ia personne entrée dans le Labyrinthe n’en ressortait jamais au même endroit.
A lui aussi, à Orth, le Labyrinthe trouverait une autre place. Mais Orth n’en voulait pas, de cette place. Et il lui serait impossible de regagner le port de son gré. Qu’est-ce que ça donnera si chaque individu se met à sillonner n’importe comment les espaces infinis de la mégalopole, changeant de domicile quand bon lui semble ?
Conclusion : il lui fallait rentrer au port pendant qu’il n’était pas trop tard, tant qu’il ne s’était pas égaré dans les couloirs du Labyrinthe. Retrouver les quais, ses amis qui chantaient ses poèmes. Léon. Lucinda. Pourquoi le regardait-elle parfois d’une drôle de façon ?
Orth tourna les talons et fit un pas. Plus exactement, il tenta de faire un pas, mais sans succès, car une onde élastique le frappa au visage si fort qu’il faillit étouffer. D’abord, il ne comprit pas et s’obstina à vouloir franchir l’obstacle invisible. Puis, voyant que ses efforts étaient vains, Orth renonça. Dans le Labyrinthe, on ne pouvait qu’avancer. Pas question de faire marche arrière.
Donc, si, ayant erré dans les galeries du Labyrinthe, il faisait le mauvais choix, il lui serait impossible de rectifier.
Sa tentative pour vaincre le champ de force épuisa Orth. Les muscles fatigués réclamaient du repos, mais il fallait se dépêcher s’il voulait ne pas rester pour l’éternité sous la terre. Il courait quantité de récits terrifiants sur des accidents de ce genre.
