La tête de Malko tournait encore. Il chercha des yeux un endroit pour s’asseoir. Et son regard tomba sur Hildegard, endormie sur un des divans du hall. Un petit feu de joie s’alluma aussitôt dans sa poitrine. Car dans son sommeil la jeune femme tenait à deux mains la poignée d’une serviette noire. Celle de Malko !…

Il dut y avoir une transmission de pensée à ce moment-là. Car le commandant de bord demanda à Malko :

— Et ma serviette ? Ils vous l’ont prise, hein ? Ils croyaient qu’il y avait de l’argent dedans.

Remonté à bloc, il se tourna vers l’Iranien :

— Si je n’ai pas ma serviette, contenant tous les documents de bord, l’avion ne peut pas décoller demain matin. Et s’il ne peut pas décoller, cela va vous coûter cent mille dollars pour commencer. Sans compter la suite. La compagnie va attaquer l’Iran. Vous avez une armée de bandits, de gangsters !

Consternés, ceux qui l’entouraient se taisaient. Il y avait le second secrétaire de l’ambassade des États-Unis, mal réveillé et complètement abasourdi à l’idée qu’une unité de l’armée iranienne ait pu attaquer un bus de la Panam. Le directeur du Hilton, un monsieur très digne, réveillé aussi en sursaut, n’avait même pas eu le temps de mettre une cravate, ce qui, pour un Anglais, est le comble de l’affolement. Quant à l’officier iranien, il avait été convoqué par le directeur. Il n’y comprenait rien et ne voulait surtout pas prendre d’initiative.

Voyant qu’il n’y avait aucune chance de retrouver sa serviette, le commandant de la Panam consentit à aller se coucher. Mais le lendemain promettait d’être tumultueux.

Ce n’était pas pour Malko que l’Américain avait ameuté l’hôtel à son arrivée mais pour retrouver sa précieuse serviette. Quand Malko était descendu du car, il avait eu le temps d’empoigner celle du commandant. Rien ne ressemble plus à une serviette noire qu’une autre serviette noire. L’Américain ne s’était aperçu de la substitution qu’en voulant ouvrir la sienne. Elle était fermée à clef. De là était parti tout le drame.



10 из 176