
— Mon cher Malko, je suis dans un merdier épouvantable.
L’Autrichien rit.
— Quelle misère vous ont encore faite nos amis de Moscou ?
— Eux, rien.
— Les Chinois alors ?
— Non. Pire.
— Vous n’êtes pas encore arrivés sur la lune, pourtant. Et de Gaulle a pris sa retraite.
— Écoutez, ce que je vais vous dire est tellement secret que nous devrions aller au milieu du désert du Nouveau-Mexique pour être en paix.
« Il y a deux jours j’ai été convoqué par le Président. Il venait de recevoir de Moscou une communication ultra-secrète, par le fameux téléphone rouge. Les services de renseignements soviétiques l’avertissaient que les responsables de la CIA à Téhéran préparaient une bonne petite révolution, avec, à la clef, l’assassinat du chah et son remplacement par un homme à eux.
— Simplement !
— Attendez ! Les Russes ne se sont pas bornés à lui donner ce tuyau. Ils ont clairement fait comprendre que si l’on ne mettait pas bon ordre à cela, ils considéreraient le renversement du chah comme un acte d’agression et profiteraient de leur traité de 1948 pour envahir le nord de l’Iran ; ensuite, ils tireraient la conclusion que lui, Président des États-Unis, n’avait pas le contrôle de ses services. Vous voyez d’ici les conséquences…
« Le Président était fou furieux. Il m’a donné quinze jours pour tirer l’histoire au clair, et agir, si besoin est.
« Or, je suis coincé. Le type qui est en poste à Téhéran est le général Schalberg. Un dur. C’est lui qui a renversé Mossadegh en 1952. Il connaît l’Iran comme sa poche.
— Pourquoi ne le rappelez-vous pas ?
— Difficile ! On n’a aucune raison valable. S’il sent le vent et que l’histoire soit vraie, il risque de créer un incident. Et alors…
