— Et si c’était une astuce des Russes ?

— Possible. Schalberg est une de leurs bêtes noires. Ce serait un moyen astucieux de le mettre sur la touche. Et on ne pourrait jamais rien prouver, puisqu’on l’aurait prétendument empêché de faire son coup. Seulement c’est un risque qu’on ne peut pas prendre.

— Alors qu’est-ce que vous voulez de moi ?

— Que vous alliez à Téhéran.

— Demander poliment à Schalberg s’il se prépare à assassiner le chah, et moi avec ?

— Non. J’ai un prétexte pour votre voyage. Justement, à Téhéran, la CIA a besoin de fonds secrets. Vous savez que l’aide aux pays sous-développés ne passe pas toujours par les banques… C’est difficile, d’envoyer un mandat télégraphique de dix millions de dollars.

— Dix millions ! Il y a quelques canailles qui ne doivent pas être très sous-développées, à Téhéran !

— Ne m’en parlez pas. Il y a deux ans, un général valait dix mille dollars par an ; aujourd’hui il en vaut le double. Et on ne sait même pas ce qu’il commande réellement.

— Bref, comme c’est risqué d’envoyer une somme pareille par la valise diplomatique, personne ne s’étonnera qu’on emploie un courrier sûr et spécial.

— Et à qui sont destinés ces dix millions ?

— Au général Schalberg.

— Ah bien, parfait ! C’est une bonne carte de visite.

— Après, vous pouvez parfaitement passer une semaine de vacances en Iran…

— Mais, dites-moi, pour faire une révolution, il faut des armes et de l’argent…

— Justement. Ces fonds ont déjà une destination précise. Et ce n’est pas Schalberg qui les distribue. Nous lui tendons donc un peu la perche.

— La perche ou la potence ?

— Allons, pas d’humour noir. Vous êtes prévenu, c’est tout. Prenez vos précautions. Simplement, s’il vous arrive quelque chose, nous saurons que les Russes n’ont pas raconté des blagues.

— Bon. Et en admettant que vos petits camarades ne me bousillent pas, pour me prendre ces beaux dollars, qui va m’aider à débrouiller ce sac d’embrouilles ?



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