
Ses collègues, comme tous les Américains, étaient très impressionnés par son titre. Mais c’était un peu long. L’appeler « Linge » tout court eût paru un peu léger. SAS unissait concision et respect.
— Désirez-vous une voiture ? proposa poliment le fonctionnaire.
— Merci, je prendrai un taxi.
Dans ces pays-là, il vaut mieux toujours se méfier des gens trop serviables.
Malko regarda autour de lui. Il se trouvait dans la salle de douane, parmi les premiers arrivants. De l’autre côté d’une cloison vitrée, une cinquantaine d’Iraniens pressaient leur visage contre les glaces pour tenter d’apercevoir les passagers. Leur expression ravie et anxieuse donna à Malko l’impression d’être un nouveau-né dans une couveuse.
Pendant que ses deux valises arrivaient, il alla changer cent dollars au guichet de la banque Melli. L’employé lui donna un paquet de riais. Malko les compta. Il en manquait. Il tendit la main, sans rien dire. L’employé, dégoûté, rouvrit son tiroir et restitua les deux billets qu’il avait ôtés de la liasse avant de la donner à Malko. Ça marchait une fois sur deux, avec les étrangers qui avaient la naïveté de croire à l’honnêteté des banques. Tant pis, la fille de l’employé n’aurait pas de tchador
Les valises étaient là. Un douanier pansu colla une étiquette dessus et sourit à Malko. Compréhensif, celui-ci tendit cinq riais.
Il n’y avait toujours personne. Pourtant, Schalberg savait que Malko arrivait ; et l’avion n’était même pas en retard ! Malko serra plus fort la poignée de sa serviette noire. Comme si on avait pu voir à travers le cuir ce qu’il y avait à l’intérieur. Il avait pensé un moment se l’attacher au poignet par une chaîne, mais ç’aurait été un peu ridicule.
