Il se sentit envahi soudain par une vague de révolte, violente et brutale. Il devait plier sous son joug jusqu’aux coins les plus reculés de la Galaxie. Mais cinq ans durant, il était demeuré silencieux dans sa retraite de Kalgan, à cause de cette menace éternelle et silencieuse que faisait planer sur l’espace cette Seconde Fondation invisible, inconnue, inaudible. Il avait trente-deux ans. L’âge mûr à peine – et pourtant, il se sentait vieux. Quel que fût son pouvoir mental de mutant, du point de vue physique, il était faible.

Toutes les étoiles ! Toutes les étoiles, visibles ou invisibles, devaient tomber en son pouvoir !

Ce serait sa revanche. Sur une humanité dont il était exclu. Sur une Galaxie qui ne s’accommodait pas de lui.

Au-dessus de sa tête, clignota l’éclat froid d’un signal lumineux. Il pouvait suivre la progression de l’homme qui avait pénétré dans le palais, et dans le même moment, comme si ses sens de mutant s’étaient trouvés aiguisés et affinés par sa solitude crépusculaire, il sentit le flux émotionnel envahir les cellules de son cerveau.

Il identifia sans effort le visiteur : c’était Pritcher.

Le capitaine Pritcher de l’ex-Fondation. Le capitaine Pritcher qui avait été ignoré et sous-estime par les bureaucrates de ce gouvernement décadent. Le capitaine Pritcher dont il avait dévoilé, en se jouant, les activités d’espion besogneux et qu’il avait tiré du ruisseau fangeux. Le capitaine Pritcher dont il avait fait d’abord un colonel, puis un général ; à qui il avait confié des fonctions qui embrassaient la Galaxie tout entière.

Pritcher, aujourd’hui général, qui, de rebelle irréductible, était devenu d’une loyauté à toute épreuve. Et pourtant s’il était loyal ce n’était pas du fait des prébendes, ni de la gratitude, ni des devoirs que lui imposait sa promotion – mais simplement grâce à l’artifice de la conversion.



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