Cette pensée fit monter à son visage un sourire, passagèrement teinté d’amertume. Cette allégeance, ses sujets la devaient à une personnalité que bien peu avaient eu l’occasion de contempler.

Le Mulet n’était pas un homme qu’il convenait de regarder – du moins sans éprouver un sentiment de dérision. Soixante kilos de chair et d’os se répartissaient au long des cent soixante-dix centimètres de sa taille. Ses membres n’étaient que des tiges osseuses qui saillaient de son corps décharné, en articulations anguleuses, totalement dépourvues de grâce. Son visage maigre disparaissait presque sous un nez monstrueux en forme de bec charnu, formant une saillie de sept centimètres.

Seuls, les yeux s’inscrivaient en faux contre cette farce grotesque qu’était le Mulet. Dans leur douceur – douceur bien étrange pour le plus grand des conquérants de la Galaxie – flottait toujours une certaine tristesse.

Dans la cité, se trouvait toute la gaieté d’une capitale de luxe dans un monde de luxe. Il aurait pu établir sa capitale sur la Fondation, le plus puissant de tous ses ennemis à présent abattu, mais elle se trouvait bien loin, aux frontières extrêmes de la Galaxie. Kalgan occupait une position plus centrale, servait traditionnellement de lieu de plaisir à l’aristocratie et lui convenait mieux – du point de vue stratégique.

Mais dans cette gaieté qu’aiguisait encore une prospérité sans exemple, il ne trouvait pas la paix.

On le craignait, on lui obéissait, on le respectait même, mais à bonne distance. Qui donc aurait pu jeter sur lui des regards dépourvus de mépris ? Ceux-là seuls qu’il avait convertis. Et dans quelle mesure pouvait-on compter sur leur artificielle loyauté ? Elle manquait de sel. Il aurait pu instituer des titres, imposer une étiquette de cour, un cérémonial compliqué, mais tout cela n’aurait rien changé. Il valait mieux demeurer simplement le Premier Citoyen – et se cacher.



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