
– Je fais ce que je peux! Je n'ai pas d'ailes et la vitesse est limitée!
Elle avait à peine achevé sa phrase qu'un immense éclair diffusa dans la brume un halo de lumière fulgurant. Un coup de tonnerre d'une violence inouïe éclata, faisant trembler toutes les vitres des façades. Zofia écarquilla les yeux, son pied appuya un peu plus fort sur l'accélérateur, l'aiguille grimpa très légèrement. Elle ralentit pour traverser Market Street, on ne pouvait plus distinguer la couleur du feu, et s'engagea sur Kearny. Huit blocs séparaient encore Zofia de sa destination, neuf si elle se résignait à respecter le sens de circulation des rues, ce qu'elle ferait sans aucun doute.
Dans les rues aveugles, une pluie diluvienne déchirait le silence, de grosses gouttes éclataient sur le pare-brise dans un clapotis assourdissant, les essuie-glaces étaient impuissants à chasser l'eau. Au loin, seule la pointe qui abritait l'ultime étage de la majestueuse Tour pyramidale du Transamerica Building émergeait de l'épais nuage noir qui recouvrait la ville.
*
Vautré dans son fauteuil de première classe, Lucas profitait par le hublot de ce spectacle diabolique mais d'une beauté divine. Le Boeing 767 tournait au dessus de la baie de San Francisco, dans l'attente d'une hypothétique autorisation d'atterrir. Impatient, Lucas tapota sur le beeper accroché à sa ceinture. La diode n° 7 ne cessait de clignoter. L'hôtesse s'approcha pour lui ordonner de l'éteindre et de redresser son dossier: l'appareil était en approche.
– Eh bien, arrêtez donc d'approcher, mademoiselle, et posez-nous ce putain d'avion, je suis pressé!
