La voix du commandant de bord grésilla dans les haut-parleurs: les conditions météorologiques au sol étaient relativement difficiles, mais la faible quantité de kérosène dans les réservoirs les obligeait à atterrir. Il demanda à l'équipage navigant de s'asseoir et convoqua le chef de cabine au poste de pilotage. Il raccrocha son micro. La mine forcée de l'hôtesse de l'air de la première classe valait bien un oscar: aucune actrice au monde n'aurait su composer le sourire à la Charlie Brown qu'elle accrocha à la commissure de ses lèvres. La vieille dame assise à côté de Lucas et qui ne parvenait plus à contrôler sa peur agrippa son poignet. Lucas fut amusé par la moiteur de sa main et le léger tremblement qui l'agitait. La carlingue était malmenée par une série de secousses plus violentes les unes que les autres. Le métal semblait souffrir autant que les passagers. Par le hublot on pouvait voir les ailes de l'appareil osciller au maximum de l'amplitude prévue par les ingénieurs de Boeing.

– Pourquoi la chef de cabine est convoquée? demanda la vieille dame, au bord des larmes.

– Pour faire un canard dans le café du commandant de bord! répondit Lucas, rayonnant. Vous avez la trouille?

– Plus que ça, je crois. Je vais prier pour notre salut!

– Ah! mais arrêtez-moi ça tout de suite! Bienheureuse, gardez donc cette angoisse, c'est très bon pour votre santé! L'adrénaline, ça décrasse tout. C'est le déboucheur liquide du circuit sanguin et puis ça fait travailler votre cœur. Vous êtes en train de gagner deux années de vie! Vingt-quatre mois d'abonnement à l'œil, c'est toujours ça de pris, même si à voir votre mine les programmes ne doivent pas être folichons!

La bouche trop sèche pour parler, la passagère essuya d'un revers de la main des gouttes de sueur à son front. Dans sa poitrine le cœur s'était emballé, sa respiration devenait difficile et une multitude de petites étoiles scintillantes venaient troubler sa vue. Lucas, amusé, lui tapota amicalement le genou.



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