glissa, et Hervé Joncour entra dans la pièce. Hara Kei était assis sur le sol,les jambes croisées, dans le coin le plus éloigné de la pièce. Il était vêtud’une tunique sombre, et il ne portait aucun bijou. Seul signe visible de sonpouvoir, une femme étendue près de lui, la tête posée sur ses genoux, les yeuxfermés, les bras cachés sous un ample vêtement rouge qui se déployait autourd’elle, comme une flamme, sur la natte couleur de cendre. Hara Kei lui passaitlentement la main sur les cheveux : on aurait dit qu’il caressait lepelage d’un animal précieux, et endormi.

Hervé Joncour traversa la pièce,attendit un signe de son hôte, et s’assit en face de lui. Ils restèrentsilencieux, se regardant dans les yeux. Survint, imperceptible, un serviteur,qui posa devant eux deux tasses de thé. Puis disparut.

Alors Hara Kei commença àparler, dans sa langue, d’une voix monotone, diluée en une sorte de faussetdésagréablement artificiel. Hervé Joncour écoutait. Il gardait les yeux fixésdans ceux d’Hara Kei, et pendant un court instant, sans même s’en rendrecompte, les baissa sur le visage de la femme.

C’était le visage d’une jeunefille.

Il releva les yeux.

Hara Kei s’interrompit, prit unedes deux tasses de thé, la porta à ses lèvres, laissa passer quelques instantset dit

— Essayez de me raconterqui vous êtes.

Il le dit en français, entraînant un peu sur les voyelles, avec une voix rauque, vraie.

14

À l’homme le plus imprenable duJapon, maître de tout ce que le monde réussissait à faire sortir de cette île,Hervé Joncour essaya de raconter qui il était. Il le fit dans sa propre langue,en parlant lentement, sans savoir exactement si Hara Kei pouvait le comprendre.Instinctivement, il renonça à toute prudence, rapportant, sans rien inventer niomettre, tout ce qui était vrai, simplement. Il alignait les petits détails et



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