Hara Kei redevint sérieux.

— Quand vous sortirezd’ici, vous aurez ce que vous voulez.

— Quand je sortirai decette île, vivant, vous recevrez l’or qui vous revient. Vous avez ma parole.

Hervé Joncour n’attendit pas deréponse. Il se leva, recula de quelques pas, puis s’inclina.

La dernière chose qu’il vit,avant de sortir, ce fut les yeux de la jeune fille, fixés dans les siens,parfaitement muets.

17

Six jours plus tard, HervéJoncour s’embarqua, à Takaoka, sur un navire de contrebandiers hollandais quile déposa à Sabirk. De là, il remonta la frontière chinoise jusqu’au lacBaïkal, traversa quatre mille kilomètres de terre sibérienne, franchit lesmonts Oural, atteignit Kiev et parcourut en train toute l’Europe, d’est enouest, avant d’arriver, après trois mois de voyage, en France. Le premierdimanche d’avril – à temps pour la grand-messe – il étaitaux portes de Lavilledieu. Il s’arrêta, remercia le bon Dieu, et entra dans lebourg à pied, comptant ses pas, pour que chacun eût un nom, et pour ne plusjamais les oublier.

— Elle est comment la findu monde ? lui demanda Baldabiou.

— Invisible.

À sa femme Hélène, il offrit encadeau une tunique de soie que, par pudeur, elle ne porta jamais. Si tu laserrais dans ton poing, tu avais l’impression de ne rien tenir entre lesdoigts.

18

Les œufs qu’Hervé Joncour avaitrapportés du Japon – accrochés par centaines sur de petites feuillesd’écorce de mûrier – se révélèrent parfaitement sains. La productionde soie, dans la région de Lavilledieu, fut cette année-là extraordinaire, enquantité et en qualité. Deux autres filatures s’ouvrirent, et Baldabiou fitconstruire un cloître contre la petite église de Sainte-Agnès. Sans qu’on sachebien pourquoi, il l’avait imaginé rond, et il confia donc le projet à unarchitecte espagnol qui s’appelait Juan Benitez, et qui jouissait d’unecertaine renommée dans le secteur Plaza de Toros.



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