
La jeune fille soulevalégèrement la tête.
Pour la première fois, elledétacha son regard d’Hervé Joncour, et le posa sur la tasse.
Lentement, elle la tournajusqu’à avoir sous ses lèvres l’endroit exact où il avait bu.
En fermant à demi les yeux, ellebut une gorgée de thé.
Elle écarta la tasse de seslèvres.
La replaça doucement là où ellel’avait prise.
Fit disparaître sa main sous sonvêtement.
Reposa sa tête sur les genouxd’Hara Kei.
Les yeux ouverts, fixés dansceux d’Hervé Joncour.
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Hervé Joncour parla encorelongtemps. Il ne s’interrompit que lorsque Hara Kei détacha ses yeux de lui etle salua, en inclinant le buste.
Silence.
En français, traînant un peu surles voyelles, avec une voix rauque, vraie, Hara Kei dit
— Si vous le désirez, cesera un plaisir pour moi de vous voir revenir.
Pour la première fois, ilsourit.
— Les œufs que vous avez sontdes œufs de poisson, ils n’ont à peu près aucune valeur.
Hervé Joncour baissa les yeux.Devant lui, il y avait sa tasse de thé. Il la prit et commença à la fairetourner et à l’examiner, comme s’il cherchait quelque chose, sur le fil coloréde son bord. Quand il eut trouvé ce qu’il cherchait, il y posa ses lèvres, etbut jusqu’au fond. Puis il reposa la tasse devant lui et dit
— Je sais.
Hara Kei se mit à rire, amusé.
— C’est pour cette raisonque vous les avez payés avec de l’or faux ?
— J’ai payé ce que j’aiacheté.
