
Hervé Joncour ne revit Hara Keique le matin du troisième jour. Il s’aperçut que ses cinq serviteurs avaientsoudain disparu, comme par enchantement, et quelques instants plus tard il levit arriver. Cet homme autour duquel tous, dans ce village, existaient, sedéplaçait toujours dans une bulle de vide. Comme si quelque injonction taciteordonnait au monde de le laisser vivre seul.
Ils gravirent ensemble le flancde la colline, avant d’arriver dans une clairière où le ciel était commesillonné par le vol de dizaines d’oiseaux aux grandes ailes bleues.
— Les gens d’ici lesregardent voler, et dans leur vol lisent le futur.
Dit Hara Kei.
— Quand j’étais un jeunegarçon, mon père m’emmena dans un endroit comme celui-ci, il me mit son arcentre les mains et m’ordonna de tirer sur un de ces oiseaux. Je tirai, et ungrand oiseau, aux ailes bleues, tomba à terre, comme une pierre morte. Lis levol de ta flèche, si tu veux savoir ton futur, me dit alors mon père.
Les oiseaux volaient aveclenteur, montant dans le ciel puis redescendant, comme s’ils avaient voulul’effacer, méticuleusement, avec leurs ailes.
Ils revinrent au village enmarchant dans la lumière étrange d’un après-midi qui ressemblait à un soir.Arrivés devant la maison d’Hervé Joncour, ils se saluèrent. Hara Kei se tournaet commença à marcher, lentement, descendant par la route qui longeait larivière. Hervé Joncour resta debout, sur le seuil, à le regarder : ilattendit qu’il fût à une vingtaine de pas, puis il dit
— Quand me direz-vous quiest cette jeune fille ?
Hara Kei continua de marcher, d’unpas lent auquel ne s’attachait aucune fatigue. Autour de lui, il y avait lesilence le plus absolu, et le vide. Comme par une injonction particulière, oùqu’il aille, cet homme allait dans une solitude inconditionnelle et parfaite.
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Le matin du dernier jour, Hervé
