
La demeure d’Hara Kei semblaitnoyée dans un lac de silence. Hervé Joncour s’approcha et s’arrêta à quelquesmètres de l’entrée. Il n’y avait pas de portes, et sur les murs de papierapparaissaient et disparaissaient des ombres qui derrière elles ne semaientaucun bruit. Ça ne ressemblait pas à la vie : s’il y avait un nom pourtout ceci, c’était : théâtre. Sans savoir quoi, Hervé Joncour s’arrêtapour attendre : immobile, debout, à quelques mètres de la maison. Pendant toutle temps qu’il laissa au destin, les ombres et le silence furent tout ce quifiltra de cette scène singulière. Alors il tourna le dos et se remit à marcher,d’un pas rapide, vers chez lui. La tête penchée, il regardait ses pas, s’aidantainsi à ne pas penser.
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Le soir, Hervé Joncour préparases bagages. Puis il se laissa conduire dans la grande pièce dallée de pierre,pour le rituel du bain. Il s’étendit, ferma les yeux, et pensa à la grandevolière, gage extravagant d’amour. On posa sur ses yeux un linge mouillé. Celan’était jamais arrivé, avant. Instinctivement, il voulut l’enlever, mais unemain s’empara de la sienne et l’immobilisa. Ce n’était pas la main vieilled’une vieille femme.
