
Hervé Joncour sentit l’eaucouler sur son corps, d’abord sur ses jambes, puis le long de ses bras, et sursa poitrine. De l’eau comme de l’huile. Et un étrange silence, tout autour. Ilsentit la légèreté d’un voile de soie venir se poser sur lui. Et les mainsd’une femme – d’une femme – qui l’essuyaient en caressant sapeau, partout : ces mains, et cette étoffe tissée de rien. Pas un instantil ne bougea, pas même quand il sentit les mains remonter de ses épaules à soncou, et les doigts – la soie, les doigts – monter jusqu’àses lèvres, les effleurer, une fois, lentement, puis disparaître.
Hervé Joncour sentit encore levoile de soie se soulever et s’éloigner de lui. La dernière sensation, ce futune main qui ouvrait la sienne et dans sa paume déposait quelque chose.
Il attendit longtemps, dans lesilence, ne bougeant pas. Puis, lentement, il ôta de ses yeux le linge mouillé.Presque plus de lumière dans la pièce. Personne autour de lui. Il se releva,prit sa tunique qui gisait, pliée, sur le sol, la jeta sur ses épaules, sortitde la pièce, traversa la maison, arriva devant sa natte, et se coucha. Il semit à observer la flamme qui tremblait, ténue, à l’intérieur de la lanterne.Et, avec application, il arrêta le Temps, pendant tout le temps qu’il ledésira.
Ce ne fut rien, ensuite,d’ouvrir la main, et de voir ce billet. Petit. Quelques idéogrammes dessinésl’un en dessous de l’autre. Encre noire.
24
Le lendemain, tôt, le matin,Hervé Joncour partit. Cachés parmi ses bagages, il emportait avec lui desmilliers d’œufs de vers à soie, autrement dit l’avenir de Lavilledieu, dutravail pour des centaines de personnes, et la richesse pour une dizained’autres. À l’endroit où la route tournait vers la gauche, cachant à jamais lavue du village derrière la silhouette de la colline, il s’arrêta, sanss’occuper des deux hommes qui l’accompagnaient. Il descendit de cheval et restaquelques moments sur le bord de la route, le regard sur ces maisons, quis’agrippaient au dos de la colline.
