Hélène, celui de sa femme.

Ils n’avaient pas d’enfants.

3

Pour éviter les ravages desépidémies qui affectaient de plus en plus souvent les élevages européens, HervéJoncour allait acheter les œufs de vers à soie jusque de l’autre côté de laMéditerranée, en Syrie et en Égypte. En cela résidait l’aspect le plusspécifiquement aventureux de son travail. Chaque année, aux premiers jours dejanvier, il partait. Il traversait mille six cents milles de mer et huit centskilomètres de terre. Il choisissait les œufs, négociait le prix, achetait. Puisil faisait demi-tour, traversait huit cents kilomètres de terre et mille sixcents milles de mer et s’en revenait à Lavilledieu, en général le premierdimanche d’avril, en général à temps pour la grand-messe.

Il travaillait encore deuxsemaines à emballer les œufs et à les vendre.

Le reste de l’année, il sereposait.

4

— Et elle est comment, l’Afrique ?lui demandaient les gens.

— Fatiguée.

Il avait une grande maison à lasortie du bourg et un petit atelier, dans le centre, juste en face de la maisonabandonnée de Jean Berbek.

Jean Berbek avait décidé un jourde ne plus parler. Il tint promesse. Sa femme et ses deux filles le quittèrent.Il mourut. De sa maison, personne n’avait voulu, et c’était donc maintenant unemaison abandonnée.

À acheter et vendre des vers àsoie, Hervé Joncour gagnait chaque année une somme suffisante pour assurer à safemme et à lui-même ce confort qu’en province on tendrait à nommer luxe. Iljouissait avec discrétion de ses biens, et la perspective, vraisemblable, dedevenir réellement riche, le laissait tout à fait indifférent.

C’était au reste un de ceshommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacéetoute ambition de la vivre.



2 из 53