
Terry Pratchett
Sourcellerie
Dédicace
Il y a bien des années de cela, à Bath, j’ai vu une grosse Américaine remorquer à toute vapeur une énorme valise en tissu écossais montée sur des petites roues grinçantes qui se prenaient dans les fissures du trottoir et donnaient à l’objet un semblant de vie propre. Dès lors le Bagage était né. Mille mercis à cette dame et à tous les habitants de villes telles que Cablectric dans le Nebraska, qu’on n’encouragera jamais assez.
Le présent ouvrage ne contient pas de carte. Ne vous gênez pas pour dresser la vôtre.
Il était une fois un homme qui avait huit fils. Par ailleurs, il ne représentait rien de plus qu’une virgule sur la page de l’Histoire. Triste constat ; c’est hélas tout ce qu’on trouve à dire sur certains individus.
Mais le huitième fils grandit, se maria et engendra huit fils ; et parce qu’il n’existe qu’une seule profession idoine pour un huitième fils de huitième fils, son cadet devint mage. Il devint aussi sage et puissant – puissant, en tout cas –, porta un chapeau pointu et on en serait resté là…
Resté là…
Mais en dépit de la Tradition de la Magie et certainement contre toute raison – excepté les raisons du cœur qui sont enflammées, embrouillées et, disons-le, déraisonnables –, il déserta les écoles de magie, tomba amoureux et se maria, pas nécessairement dans cet ordre-là.
Et il eut sept fils, chacun d’eux au moins aussi puissant dès le berceau que n’importe quel mage au monde.
Puis il en eut un huitième…
Un mage au carré. Une source de magie.
Un sourcelier.
* * *
L’orage d’été grondait tout autour des falaises sableuses. Loin en contrebas, la mer suçotait les galets comme un vieillard pourvu d’une seule dent à qui on a donné un bonbon acidulé. Des mouettes se laissaient paresseusement porter au gré des courants ascendants, dans l’attente qu’il se passe quelque chose.
