Et le doyen des mages, assis parmi les arméries maritimes et les ruppies bruyantes au bord de la falaise, berçait l’enfant dans ses bras, le regard fixé sur l’océan.

Un nuage noir bouillonnait tout là-bas, il venait vers la terre, et la lumière qu’il poussait devant lui avait cette consistance épaisse de sirop annonciatrice de tempête franchement sérieuse.

Un silence soudain dans son dos le fit se retourner, et il leva des yeux rougis de larmes vers une haute silhouette encapuchonnée vêtue d’une robe noire.

« IPSLORE LE ROUGE ? » s’enquit la silhouette. La voix était aussi caverneuse qu’une grotte, aussi dense qu’une étoile à neutrons.

Ipslore se fendit du sourire affreux de qui succombe brusquement à la folie et offrit l’enfant à l’examen de la Mort.

« Mon fils, dit-il. Je vais l’appeler Thune.

— UN NOM QUI EN VAUT UN AUTRE », fit poliment la Mort. Ses orbites vides se baissèrent sur un petit visage rond nimbé de sommeil. Quoi qu’en dise la rumeur, la Mort n’est pas cruel

« Vous avez pris sa mère », dit Ipslore. Une simple constatation, sans rancœur visible. Dans la vallée derrière les falaises, la demeure d’Ipslore n’était plus qu’une ruine fumante, et le vent qui se levait éparpillait déjà les cendres fragiles parmi les dunes chuintantes.

« C’EST UNE CRISE CARDIAQUE QUI L’A TUÉE, fit la Mort. IL Y A DE PIRES FAÇONS DE MOURIR. Moi, JE TE LE DIS. »

Ipslore tourna un regard aigri vers la mer. « Toute ma magie n’a rien pu faire pour la sauver, dit-il.

— IL EST DES DOMAINES OU MÊME LA MAGIE NE PEUT AGIR.

— Et maintenant vous venez pour l’enfant ?

— NON. L’ENFANT À SA PROPRE DESTINÉE. JE SUIS VENU POUR TOI.

— Ah. » Le mage se mit debout, étendit délicatement le bébé sur l’herbe clairsemée et ramassa un long bourdon qui attendait là. L’objet était fait de métal noir, couvert d’un réseau de sculptures d’or et d’argent qui témoignaient d’un manque de goût aussi onéreux que sinistre ; le métal, c’était de l’octefer, intrinsèquement magique.



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