— Mais c’est possible, vous devez le reconnaître. »

La Mort réfléchit. Devoir n’était pas un mot qu’il avait l’habitude d’entendre, mais il parut se ranger à l’argument.

« JE LE RECONNAIS, dit-il.

— C’est une chance assez petite, pour vous ?

— SUFFISAMMENT MOLÉCULAIRE. »

Ipslore se détendit un peu. D’une voix quasi normale il reprit : « Je ne regrette rien, vous savez. Je recommencerais pareil, s’il fallait. Les enfants, c’est l’espoir pour l’avenir.

— IL N’Y A PAS D’ESPOIR POUR L’AVENIR, dit la Mort.

— Il y a quoi, alors ?

— Moi.

— À part vous, je veux dire ! »

La Mort lui jeta un regard étonné. « JE TE DEMANDE PARDON ? »

Les hurlements de la tempête atteignirent leur paroxysme au-dessus d’eux. Une mouette passa en marche arrière.

« Je voulais savoir, fit amèrement Ipslore : qu’est-ce qu’il y a en ce monde qui donne son prix à la vie ? »

La Mort examina la question.

« LES CHATS, dit-il enfin. C’EST BIEN, LES CHATS.

— Je vous maudis !

— Tu N’ES PAS LE PREMIER, fit la Mort d’un ton égal.

— Combien de temps il me reste ? »

La Mort sortit un gros sablier des replis secrets de sa robe. Des barreaux noirs et or ceignaient les deux ampoules, et le sable était presque entièrement passé dans celle du bas.

« OH, À PEU PRÉS NEUF SECONDES. »

Ipslore se redressa de toute sa hauteur encore impressionnante et tendit le bourdon de métal luisant vers l’enfant. Une main comme un petit crabe rose sortit de la couverture et l’agrippa.

« Alors, que je sois le premier et dernier mage dans l’histoire du monde à léguer son bourdon à son huitième fils, dit-il d’une voix lente et sonore. Et je lui ordonne de s’en servir…

— JE ME DÉPÊCHERAIS, SI J’ÉTAIS TOI…

— … au maximum, dit Ipslore, qu’il devienne le plus puissant…»



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