
— UNE ESPÈCE RARE, dit la Mort. MAIS QUAND MÊME…
— Écoutez ! Ils nous ont repoussés jusqu’ici, au bout du monde, et c’est ça qui l’a tuée, ma femme ! Ils ont voulu me confisquer mon bourdon ! » Ipslore hurlait par-dessus les sifflements du vent.
« Mais il me reste encore du pouvoir, grogna-t-il. Et moi, je dis que mon fils ira à l’Université Invisible, qu’il portera le chapeau d’Archichancelier et que tous les mages du monde s’inclineront devant lui ! Et il leur montrera ce qu’ils ont au fond de leurs cœurs. Leurs cœurs de lâches, de rapaces. Il montrera au monde sa vraie destinée, et il n’y aura pas de magie plus grande que la sienne.
— NON. » Par un étrange phénomène, le mot, lâché calmement, avait retenti plus fort que les rugissements de la tempête. D’un coup, il ramena momentanément Ipslore à la raison.
Le mage se balança d’avant en arrière, indécis. « Quoi ? fit-il.
— J’AI DIT : NON. RIEN N’EST DÉFINITIF. RIEN N’EST ABSOLU. SAUF MOI, ÉVIDEMMENT. JOUER COMME ÇA AVEC LE SORT RISQUERAIT DE CONDUIRE LE MONDE À SA PERTE. IL FAUT LAISSER UNE CHANCE, MÊME PETITE. LES JURISTES DU DESTIN EXIGENT UNE ÉCHAPPATOIRE DANS CHAQUE PROPHÉTIE. »
Ipslore fixa le visage implacable de la Mort.
« Faut que je leur donne une chance ?
— Oui. »
Tap, tap, tap, firent les doigts d’Ipslore sur le métal du bourdon. « Alors ils auront leur chance, dit-il, le jour où il gèlera en enfer.
— NON. JE NE SUIS PAS AUTORISÉ À T’ÉCLAIRER, MÊME INDIRECTEMENT, SUR LES TEMPÉRATURES QUI ONT COURS DANS L’AUTRE MONDE.
— Alors… – Ipslore hésita – alors ils auront leur chance le jour où mon fils se débarrassera de son bourdon.
— AUCUN MAGE NE SE DÉBARRASSERAIT DE SON BOURDON, dit la Mort. LE LIEN EST TROP FORT.
