Donc, hier, on est avec lui dans le dépôt, il est déjà tard, il ne reste qu’à enlever les combinaisons et foncer au Bortch

C’est fou le temps qu’il passe sur ces « creuses » et, à mon avis, sans aucun bénéfice pour l’humanité. À sa place, il y a belle lurette que j’aurais envoyé tout ça au diable et que je me serais occupé de quelque chose d’autre pour le même prix. Bien que, par ailleurs, en y réfléchissant, une « creuse » c’est un truc vraiment mystérieux et, si on peut dire, incohérent. Le nombre que j’ai transporté sur mon dos, c’est inimaginable, mais même maintenant, chaque fois que j’en vois une, je ne peux pas ne pas m’étonner. Il n’y a en tout et pour tout que deux disques en cuivre taille soucoupe, cinq millimètres d’épaisseur environ et à peu près quatre cents millimètres de distance qui les séparent, mais à part cette distance, il n’y a rien entre. Rien du tout, c’est vide. On peut y fourrer la main, on peut y fourrer même la tête si on est devenu complètement cinglé à les regarder : rien que le vide, de l’air et c’est tout. Mais malgré ça, entre eux il y a bien sûr quelque chose, d’après ce que je comprends, un genre de force, parce que personne encore n’a réussi ni à rapprocher ces disques l’un de l’autre, ni à les écarter.

Non, les gars, je vais vous dire qu’il n’est pas facile de décrire ce truc à quelqu’un qui ne l’a jamais vu, tellement il paraît simple, surtout quand tu l’auras bien examiné et que tu en auras enfin cru tes yeux. C’est la même chose que de décrire un verre à pied à quelqu’un, Dieu m’en garde : on ne peut que bouger les doigts et grommeler des malédictions à cause de son impuissance. Bon, mettons que vous avez tout compris et s’il reste quelqu’un qui n’a pas compris, qu’il prenne des rapports de l’Institut, là, dans chaque numéro, il y a des articles sur les « creuses » avec des photos.

Bref, Kirill se tue avec les « creuses », et ça fait presque un an déjà.



5 из 190