L’humidité de la nuit s’échappait en une épaisse brume par-delàles cimes broussailleuses des arbres au-dessus desquels se dressait, colossale,la rampe de lancement, tel un clocher moderne et mal façonné. De la mersoufflait une brise rafraîchissante aux senteurs salées. Elle apportait avecelle un son étrange qui perçait de manière incongrue entre le chant matinal descigales et les cris stridents et énervés des oiseaux exotiques. Le légionnairequi s’appelait Jean tendit l’oreille. Il se concentra quelques instants, sansparvenir toutefois à identifier le bruit. Il grogna, irrité, jeta sa cigaretteet saisit son pistolet-mitrailleur. C’étaient sûrement encore ces satanéscréoles qui ne voulaient pas se fourrer dans le crâne qu’ils n’avaient rien àfaire sur cette partie de la plage. Il valait mieux qu’il les déloge lui-même,car plus loin derrière, près de la station génératrice désaffectée, c’étaitAndré qui montait la garde. Un type pas commode. S’il leur mettait le grappindessus, il y aurait du grabuge.

Il ne se donna pas la peine de réveiller son camarade. Detoute façon, dans l’état où il était, cet ivrogne n’aurait pas été d’un grandsecours. Et puis il n’en aurait pas pour longtemps, il serait bientôt deretour.

Il traversa le sous-bois en suivant une étroite piste deterre battue. Ses lourdes bottes de combat faisaient craquer les branchessèches et semaient un vent de panique parmi les bestioles grouillant sur lesol. L’obscurité encore profonde empêchait de distinguer les détails, et il n’ytenait pas particulièrement.

Le bruit, à nouveau. Jean s’immobilisa et écoutaattentivement. Un bruit étrange, une sorte de raclement. Mêlé au crissement depas sur le sable.



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