
La femme qui était parfois prête à partager cette expérienceavec moi s’appelait Yoshiko. Une jolie Japonaise gracile, aux longs cheveuxnoirs et au visage fin et enfantin. Par principe, l’Aérospatiale japonaise n’envoyaitpas dans les airs de femmes à gros seins, car on craignait, à juste titre d’ailleurs,que l’association poitrine opulente-apesanteur ne porte dangereusementpréjudice aux facultés intellectuelles de l’équipage masculin.
Dans les conditions de la microgravitation, terme techniquepour qualifier l’apesanteur, il convient de repenser entièrement les rapportsintimes entre homme et femme, et ce de plusieurs points de vue. Par exemple,tout geste brusque est à proscrire absolument. Éviter les chocs violents aveccertaines pièces d’équipement pointues, dures ou sensibles, c’est faisable. Il n’enreste pas moins que l’exercice peut avoir des conséquences fâcheuses sur lepartenaire du sexe fort, dont le pénis risque de se retrouver littéralementcassé en deux au moindre mouvement inconsidéré de la femme.
Mais la vraie passion ne recule pas devant le danger. Nousnous étions retirés dans la petite cale logistique située près des cabines. Ony stockait vêtements, serviettes de toilette et linges de toutes sortes, ce quidonnait aux parois une bonne épaisseur capitonnée. Nous avions verrouillé lesportes derrière nous, branché le chauffage et éteint la lumière. Seules deuxminuscules lampes de contrôle continuaient de luire, drapant nos ébats d’unepénombre rougeoyante.
Je me suis toujours demandé quelles histoires secrètesavaient bien pu se dérouler à bord de la navette spatiale la première fois quedes femmes astronautes y avaient mis le pied. Mais il n’y en eut aucune, je lecrains. Les membres des équipages se disaient toujours heureux en ménage, latélévision avait véhiculé l’image de maris popote et, si la moitié de tout çaétait vrai, il y a fort à parier qu’ils s’étaient alors conduits comme debraves petits scouts.
