
Mon supérieur lut mon travail, poussa un petit cri méprisant et le déchira:
– Recommencez.
J'eus envie de demander où était mon erreur, mais il était clair que mon chef ne tolérait pas les questions, comme l'avait prouvé sa réaction à mon investigation au sujet du destinataire. Il fallait donc que je trouve par moi-même quel langage tenir au mystérieux Adam Johnson.
Je passai les heures qui suivirent à rédiger des missives à ce joueur de golf. Monsieur Saito rythmait ma production en la déchirant, sans autre commentaire que ce cri qui devait être un refrain. Il me fallait à chaque fois inventer une formulation nouvelle..
Il y avait à cet exercice un côté: «Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour» qui ne manquait pas de sel. J'explorais des catégories grammaticales en mutalion: «Et si Adam Johnson devenait le verbe, dimanche prochain le sujet, jouer au golf le complément d'objet et monsieur Saito l'adverbe? Dimanche prochain accepte avec joie de venir Adamjohnsoner un jouer au golf monsieurSaitoment. Et pan dans l'œil d'Aristote!»
Je commençais à m'amuser quand mon supérieur m'interrompit. Il déchira la énième lettre sans même la lire et me dit que mademoiselle Mori était arrivée.
– Vous travaillerez avec elle cet après-midi. Entre-temps, allez me chercher un café.
Il était déjà quatorze heures. Mes gammes épistolaires m'avaient tant absorbée que je n'avais pas songé à faire la moindre pause.
Je posai la tasse sur le bureau de monsieur Saito et me retournai. Une fille haute et longue comme un arc marcha vers moi.
Toujours, quand je repense à Fubuki, je revois l'arc nippon, plus grand qu'un homme. C'est pourquoi j'ai baptisé la compagnie «Yumimoto», c'est-à-dire «les choses de l'arc».
Et quand je vois un arc, toujours, je repense à Fubuki, plus grande qu'un homme.
– Mademoiselle Mori?
