– Appelez-moi Fubuki.

Je n'écoutais plus ce qu'elle me disait. Mademoiselle Mori mesurait au moins un mètre quatre-vingts, taille que peu d'hommes japonais atteignent. Elle était svelte et gracieuse à ravir, malgré la raideur nippone à laquelle elle devait sacrifier. Mais ce qui me pétrifiait, c'était la splendeur de son visage.

Elle me parlait, j'entendais le son de sa voix douce et pleine d'intelligence. Elle me montrait des dossiers, m'expliquait de quoi il s'agissait, elle souriait. Je ne m'apercevais pas que je ne l'écoutais pas.

Ensuite, elle m'invita à lire les documents qu'elle avait préparés sur mon bureau qui faisait face au sien. Elle s'assit et commença à travailler. Je feuilletai docilement les paperasses qu'elle m'avait données à méditer. Il s'agissait de règlements, d'énumérations.

Deux mètres devant moi, le spectacle de son visage était captivant. Ses paupières baissées sur ses chiffres l'empêchaient de voir que je l'étudiais. Elle avait le plus beau nez du monde, le nez japonais, ce nez inimitable, aux narines délicates et reconnaissables entre mille. Tous les Nippons n'ont pas ce nez mais, si quelqu'un a ce nez, il ne peut être que d'origine nippone. Si Cléopâtre avait eu ce nez, la géographie de la planète en eût pris un sacré coup.


Le soir, il eût fallu être mesquine pour songer qu'aucune des compétences pour lesquelles on m'avait engagée ne m'avait servi. Après tout, ce que j'avais voulu, c'était travailler dans une entreprise japonaise. J'y étais.

J'avais eu l'impression de passer une excellente journée. Les jours qui suivirent confirmèrent cette impression.

Je ne comprenais toujours pas quel était mon rôle dans cette entreprise; cela m'indifférait. Monsieur Saito semblait me trouver consternante; cela m'indifférait plus encore. J'étais enchantée de ma collègue. Son amitié me paraissait une raison plus que suffisante pour passer dix heures par jour au sein de la compagnie Yumimoto.



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