Mori, le patronyme de Fubuki, signifiait «forêt». Fut-ce pour cette raison qu'à cet instant je posai sur elle des yeux désemparés? Je m'aperçus qu'elle me regardait toujours, l'air interrogateur.

Elle se leva et me fit signe de la suivre. A la cuisine, je m'effondrai sur une chaise.

– Qu'est-ce qu'il vous a dit? me demanda-t-elle.

Je vidai mon cœur. Je parlais d'une voix convulsive, j'étais au bord des larmes. Je ne parvins plus à retenir des paroles dangereuses:

– Je hais monsieur Saito. C'est un salaud et un imbécile.

Fubuki eut un petit sourire:

– Non. Vous vous trompez.

– Évidemment. Vous, vous êtes gentille, vous ne voyez pas le mal. Enfin, pour me donner un ordre pareil, ne faut-il pas être un…

– Calmez-vous. L'ordre ne venait pas de lui. Il transmettait les instructions de monsieur Omochi. Il n'avait pas le choix.

– En ce cas, c'est monsieur Omochi qui est un…

– C'est quelqu'un de très spécial, me coupa-t-elle. Que voulez-vous? C'est le vice-président. Nous n'y pouvons rien.

– Je pourrais en parler au président, monsieur Haneda. Quel genre d'homme est-il?

– Monsieur Haneda est un homme remarquable. Il est très intelligent et très bon. Hélas, il est hors de question que vous alliez vous plaindre à lui.

Elle avait raison, je le savais. Il eût été inconcevable, en amont, de sauter même un seul échelon hiérarchique – à fortiori d'en sauter autant. Je n'avais le droit de m'adresser qu'à mon supérieur direct, qui se trouvait être mademoiselle Mori.

– Vous êtes mon seul recours, Fubuki. Je sais que vous ne pouvez pas grand-chose pour moi. Mais je vous remercie. Votre simple humanité me fait tant de bien.

Elle sourit.

Je lui demandai quel était l'idéogramme de son prénom. Elle me montra sa carte de visite. Je regardai les kanji et m'exclamai:

– Tempête de neige! Fubuki signifie «tempête de neige»! C'est trop beau de s'appeler comme ça.



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