
— En somme, on est déjà l’année prochaine ? demande Marie-Marie, depuis sa forêt de culs.
Son allusion a trait au fait que nous venons d’aborder le 1er janvier, parmi une grande liesse de touristes à forte majorité germanique. Les dernières chandelles du feu d’artifice sifflent encore au-dessus de Puerto de la Cruz.
— En somme, oui, admets-je. Une année toute fraîche, ma chérie !
— M’appelle pas ma chérie ! glapit la Teigne.
— Ah bon, à cause ?
— Tu gaspilles ! Y t’restera quoi, quand on se mariera, plus tard ?
— Je trouverai autre chose, promets-je.
Septième étage. Trois autres personnes déhottent. Des Allemands grassouillards. Un couple de quinquagénaires rose porc, plus la maman à madame, obèse, frisottée. Ouf ! nous nous trouvons maintenant en petit comité. Y a de la détente. On se communique du regard cette sympathie spontanée qui lie des rescapés. Les gens, vous noterez, ont un confus besoin de se sentir « entre eux ». Tiens, au cours d’une soirée, dès que sont parties quelques fournées d’invités, un lien se crée entre ceux qui restent, n’importe leur âge ou leurs affinités. Et chez le toubib ? T’arrives, le salon d’attente est plein, personne ne moufte. Y z’osent pas tousser. Une dame qui laisse tomber son sac à main, et toutes les physionomies se dressent, comme à une incongruité. Bon, ça se dissémine. Peu à peu se produit un allégement de l'atmosphère. Des yeux se sourient… Au bout d’un moment, quand les effectifs sont réduits, ça bavasse. Le dernier qui reste avec toi, tête à tête, tu lui expliques ta chaude-pisse et lui te raconte son polype, plus les hémorroïdes à sa bonne femme.
