Moi, je joue franco surtout lorsque je me trouve en territoire espagnol : rien dans les pognes, rien dans les fouilles. Ce que je vais vous bonnir se loge dans ma chaussette. Il s’agit d’un démonte-pneu. Je me l’extrais de sa planque et l’insinue dans la partie caoutchoutée située entre les deux vantaux coulissants de l’étage. Je cigogne à l’énergie. Les vantaux s’écartent légèrement. Mes efforts quintuplent (redoubler n’étant pas suffisant) et j’obtiens une ouverture suffisante pour permettre le passage d’un homme (ou d’une femme, à la rigueur).

— Voilà, annoncé-je à mes camarades de captivité, la voie est libre. Venez : les enfants et les femmes d’abord !

Le zig des polders me passe Marie-Marie. Vzou ! La mouflette est déposée sur le palier. Ensuite c’est le liftier. Puis la compatriote à Van Gogh, puis la coquine pédale d’outre-Rhin. Vient alors le vieux. Pour terminer, j’aide l’Hollandais. Un dernier rétablissement de votre narrateur, et tout le monde se trouve sur le pont.

Dans l’hôtel, ça effervescente un chouille. Les clients commencent à maugréer, comme quoi ce début d’année à borgnon dure un peu trop. Des bougies et des lampes de poche vadrouillent par les couloirs.

Enfin la lumière revient. On cligne des stores à qui mieux mieux. On a des sourires gênés. On se souhaite le bonsoir. Chacun regagne son étage à pincebroque, vu que l’ascenseur-pour-ce-soir-non-merci-bien-ça-suffit-m’sieurs-dames !

Je souhaite le bonsoir au moustique. Faut vous dire que nous sommes arrivés en force à l’hôtel San Nicolas. Un vrai petit commando, mes frères. Jus geai zan plutôt : les Béru et leur nièce, m’man, Antoine, le petit mouflet que j’ai recueilli lors d’une enquête sensationnelle

D’un côté, y a la caravane du Gros, et, au-dessus, la nôtre. M’man, vous la verriez, elle flotte dans un bonheur sans mélange. Ce bébé, chez nous, c’est du soleil. La seule ombre, on a la trouille de devoir le rendre à quelqu’un : famille ou administration. Pourtant, depuis le décès tragique de ses parents (3), personne ne s’est manifesté, alors on espère que le temps fera son œuvre, comme disent les concierges qu’ont de l’éducation



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