
« Vous allez me le donner », dit-il.
Mémé écarta d’un coup sec la couverture du paquet dans ses bras et baissa le regard sur un petit visage emmailloté de sommeil.
Elle releva la tête.
« Non », dit-elle par principe.
Le soldat jeta un coup d’œil à Magrat puis à Nounou Ogg, toutes deux aussi immobiles que les menhirs de la lande.
« Vous êtes des sorcières ? » fit-il.
Mémé opina. Un éclair déchira le ciel et un buisson à cent mètres s’épanouit en une gerbe de feu. Les deux soldats derrière l’homme marmonnèrent quelque chose, mais il sourit et leva une main recouverte de mailles.
« Est-ce que la peau des sorcières repousse l’acier ? demanda-t-il.
— Pas à ma connaissance, répondit Mémé d’un ton uni. Essayez toujours. »
L’un des soldats fit un pas en avant et toucha prudemment le bras de l’homme.
« Mon capitaine, sauf vot’respect, mon capitaine, c’est pas une bonne idée…
— Silence !
— Mais ça porte terriblement malheur…
— Faut que je te le répète ?
— Mon capitaine », fit le soldat. Ses yeux croisèrent ceux de la sorcière l’espace d’un instant et reflétèrent une horreur éperdue.
Le chef sourit de toutes ses dents à Mémé dont pas un muscle n’avait bougé.
« Ta magie de paysan, c’est bon pour les simples d’esprit, mère de la nuit. Rien ne m’empêche de te pourfendre sur place.
— Alors pourfends donc, mon bonhomme, fit Mémé qui lui regardait par-dessus l’épaule. Si le cœur t’en dit, pourfends aussi fort que tu l’oses. »
L’homme leva son épée. Un éclair fusa une fois de plus et fendit un rocher à quelques pas, remplissant l’atmosphère de fumée et d’une puanteur de silicium brûlé.
« Raté », dit-il d’un air avantageux, et Mémé vit ses muscles se bander alors qu’il se préparait à abattre l’épée.
