
L’éclair suivant montra la lande qui s’étendait jusqu’à la forêt plus bas, mais la pluie sur la terre chaude d’été avait peuplé l’espace de spectres de brume.
« Un galop de cheval ? fit Nounou Ogg. Personne monterait ici à une heure pareille. »
Magrat fouilla les alentours d’un œil angoissé. Ici et là sur la lande se dressaient d’immenses menhirs dont les origines se perdaient dans la nuit des temps et qui menaient, disait-on, leurs propres vies ambulantes. Elle frissonna.
« Qu’est-ce qu’il y a à craindre ? parvint-elle à dire.
— Nous », répondit Mémé Ciredutemps avec suffisance.
Le galop se rapprocha, ralentit. Puis d’entre les bouquets d’ajoncs émergea en ferraillant le carrosse dont les chevaux ne tenaient debout que par leurs harnais. Le cocher bondit à terre, courut à la portière, prit un gros paquet à l’intérieur et fonça en direction du trio.
Il avait parcouru la moitié de la distance sur la tourbe humide lorsqu’il s’arrêta et fixa Mémé Ciredutemps d’un air horrifié.
« Ça va », dit-elle dans un murmure qui retentit au milieu des grondements de la tempête aussi clairement qu’une cloche.
Elle fit quelques pas dans sa direction et un éclair fort à propos lui permit de regarder directement dans les yeux de l’homme. Ils avaient cette fixité typique, pour qui détenait la Connaissance, de ceux qui ne regardent plus rien en ce monde.
Dans une ultime secousse il fourra le paquet dans les bras de Mémé et bascula en avant. Les plumes d’un carreau d’arbalète lui ressortaient du dos.
Trois silhouettes s’avancèrent dans la lumière du feu. Mémé leva la tête et croisa deux autres yeux, aussi glacés que les pentes de l’Enfer.
Leur propriétaire rejeta son arbalète. Une cotte de mailles étincela sous sa cape trempée lorsqu’il tira l’épée.
Il ne la brandit pas. Les yeux, qui ne quittaient pas la figure de Mémé, n’étaient pas ceux d’un homme à s’encombrer de tels gestes. C’étaient ceux d’un homme à savoir exactement à quoi servent les épées. Il tendit la main.
